Justice climatique = Ouvrez les frontières

 

(Re)politiser l’écologie

Nous partons d’un constat : celui de la dépolitisation profonde des thèmes écologiques et climatiques dans le débat public. Il semble que, comme souvent, la contrepartie d’une plus grande visibilité des enjeux de l’écologie soit un certain “lissage” de ces questions. Nous voyons la force d’un discours centré sur les changements d’habitude au niveau individuel : il faut manger bio, moins prendre l’avion, recycler… Un sondage Ifop de 2015 a d’ailleurs montré que les Français-e-s considèrent que c’est le premier levier d’action pour freiner le changement climatique. Tout débat sur les causes politiques, structurelles, de cette crise est ainsi implicitement évacué.

Concernant le changement climatique, une certaine “technicisation” du débat est aussi à l’œuvre. Le réchauffement devient un simple problème technique, un léger dérèglement de la machine auquel nous pouvons répondre par des solutions elles aussi techniques : le captage et stockage de carbone, les bio-carburants, la financiarisation de la nature, etc. Le climat devient une affaire de chiffres et de comptabilité, comme l’incarne la “solution” des marchés carbone (dont l’échec n’est plus contesté).

Nous voulons refaire le lien entre cette crise et ses racines : un système politique précis, basé sur le capitalisme et le (néo)-colonialisme, reposant sur l’extraction et le commerce des ressources, à commencer par les énergies carbonées. Dans ce système, l’exploitation des êtres humains va de pair avec l’exploitation des ressources naturelles. Le climat est bien une question politique, qui rend visible les différents rapports de domination qui caractérisent nos sociétés.

Faire ce lien nous paraît plus nécessaire encore dans le contexte politique actuel. Alors que pendant la COP21, état d’urgence et conférence sur le climat ont été opposés (avec la répression des mobilisations à la clef), nous savons que ces événements partagent une même histoire : celle de la course pour l’exploitation des hydrocarbures. Le lien entre climat et paix a été souligné lors des mobilisations de décembre, mais de façon ponctuelle, sans rendre visible le rapport de force à l’œuvre, sans pointer du doigt les coupables. Par ailleurs, nous voyons comment la médiatisation à la fois sensationnaliste et alarmiste de l’arrivée de personnes exilées sur le sol européen participe à une montée de la xénophobie dans la société française : le sursaut de solidarité nécessaire fait cruellement défaut.

Pour beaucoup, y compris dans le milieu militant, il ne faut pas tout mélanger et nous devrions nous focaliser sur notre “cœur de métier”, la “nature”, le CO2, etc. Nous répondons à cela que cette séparation est illusoire, et contribue à vider l’écologie de son sens politique. Nous refusons cette fragmentation des luttes et faisons le choix d’intégrer ces liens à notre militantisme.

C’est pour mieux comprendre le rapport entre les questions de ressources naturelles, conflits, impérialisme, frontières, état d’urgence, armement, et responsabilité occidentale dans le changement climatique que nous avons décidé d’organiser une journée de formation donnant la parole à différentes associations et militant-e-s le 24 avril dernier. Nous publierons dans les jours qui viennent les compte-rendus des cinq sessions :

  1. Complexe militaro-industriel et ventes d’armes
  2. Frontex, agence européenne de la honte
  3. Luttes des travailleur-se-s sans papier en France
  4. Ressources naturelles et impérialisme : le cas de la Françafrique
  5. Conflits, exils et justice climatique

Enfin, cette formation ne constitue en rien une fin en soi – elle nous a permis d’y voir plus clair, de nous auto-former et d’affiner nos connaissances sur le sujet. Ce n’est qu’un début !