Le climat nucléarisé : Résistances locales, lutte globale

Pour les gens qui ne sont pas directement impactés par les problématiques environnementales et sociales – et par le changement climatique en particulier – ces questions sont souvent perçues comme des problèmes distants et invisibles qui ne les concernent pas. Ces luttes ne deviennent visibles que quand elles créent des conflits et résistances, menées par les communautés qui portent le plus lourd fardeau de l’extractivisme, la pollution et la destruction environnementale.

La résistance anti-nucléaire de Plogoff

Dans les années soixante-dix, suite au premier choc pétrolier de 1973, le gouvernement français choisit de poursuivre une politique agressive d’installation massive de centrales nucléaires sur l’ensemble du territoire. A l’époque, le gouvernement planifie la construction de plus de 200 centrales nucléaires, un chiffre énorme qui aurait  dépassé de loin la demande d’énergie de l’époque.

Un des sites choisi est alors Plogoff, une petite ville bretonne à quelques kilomètres de la Pointe du Raz. Pendant sept ans, la population locale résistera au projet. Grèves, mobilisations de masse rassemblant plus de 100 000 personnes, villes mortes, barricades, répression policière… petit à petit, la lutte prend de l’ampleur et réussit à obtenir une couverture médiatique au niveau national. En 1981, François Mitterrand recule et le projet est annulé. La résistance fut une telle réussite qu’à ce jour, la Bretagne est la seule région de France sans réacteur nucléaire.

Affiche Plogoff

Plogoff est l’une des raisons pour lesquelles nous avons choisi l’emplacement du Camp d’été des jeunes Amis de la Terre annuel. En effet, notre premier souci lorsque nous cherchions un emplacement pour le camp était de lier l’événement aux luttes locales voisines. Nous avons eu l’honneur de rencontrer les leaders du mouvement, dont Jean Moualic, et Nicole et Félix Le Garrec, qui ont produit un documentaire sur la mobilisation. A l’époque, le couple dut hypothéquer leur maison pour pouvoir financer le film. Pour nous, écouter leurs souvenirs de résistance et ressentir la force et la détermination des communautés locales luttant contre des projets nuisibles a été profondément inspirant.

COP21 : Une COP nucléaire

Près de 80% de l’électricité en France est fournie par l’énergie nucléaire. Nous sommes le pays le plus dépendant de l’atome au monde. Aujourd’hui, avec l’urgence de réduire les émissions carbone et de garder plus de 2/3 des énergies fossile dans le sol, les grandes multinationales et les Etats sont tentés de présenter le nucléaire comme une solution au changement climatique. La COP19 de Varsovie en 2013 était la COP du charbon, avec la prise d’assaut de la plateforme des négociations de l’ONU par les multinationales. Aujourd’hui, l’histoire se répète et nous pouvons d’ores et déjà nous attendre à ce que la COP 21 de Paris soit la COP du nucléaire.

Lorsqu’il fut élu en 2012, le président socialiste François Hollande promit une politique environnementale ambitieuse, et quatre années après la catastrophe de Fukushima, promit de réduire massivement la part du nucléaire dans notre électricité de la France à 50% pour 2025. Depuis son élection, ses politiques ont déçu à tous les niveaux.
Pour donner une idée du double discours, la France a activement mené un lobby au sein de la Commission Européenne afin d’empêcher un objectif ambitieux d’énergies renouvelables pour 2030, selon l’intérêt des multinationales. En France, la loi sur la transition énergétique a elle aussi été fortement influencée par le lobby nucléaire, avec des accords de dernière minute conclus avec les représentants de l’industrie à huit clos. Pour finir, la compagnie en partie publique EDF, qui fait partie des acteurs prônant la nucléarisation de la France depuis les années 1970 sponsorisera la Conférence sur le Climat de 2015 à Paris.

L’énergie nucléaire n’est pas une énergie propre

L’énergie nucléaire est loin d’être l’énergie propre nécessaire pour gagner la bataille climatique. Le nucléaire est une énergie sale du début jusqu’à la fin. Elle pollue l’environnement profondément, met notre avenir à risque, et cause des violations des droits humains.

Les pays riches en uranium paient un coût humain et écologique énorme pour la dépendance de la France à cette énergie. Le Niger, l’un des pays les plus pauvres du monde avec plus de 60% de la population vivant sous le seuil de la pauvreté, approvisionne 30% des ressources d’uranium de notre pays. L’entreprise en partie détenue par l’Etat paye des droits très réduits pour le minerai. Au delà de ce manque à gagner, les contrôles des réserves d’uranium par la France a donné lieu à des conflits sociaux et des interventions militaires. La présence de forces militaires françaises au Mali a été régulièrement dénoncée comme une tentative de maintenir la main sur le contrôle des ressources naturelles de la région. La France envoie également des soldats régulièrement pour protéger les mines d’Areva.

Le nucléaire ne peut pas être une solution au changement climatique. L’industrie pollue nos plans d’eau et terres pour des centaines de milliers d’années. Le nucléaire représente un risque majeur constant. L’énergie émet du carbone à toutes les étapes du processus – de l’extraction de l’uranium, à son transport, jusque la consommation des centrales elles mêmes. Le nucléaire requiert un système énergétique centralisé très peu flexible quand la demande fluctue – ce qui a pour conséquence un recours aux centrales à charbon pour compléter la demande aux moments de pics de consommation.

Hier nos parents ont résisté la première poussée du nucléaire par l’Etat français. Aujourd’hui le combat continue, ici et ailleurs, pour la justice au niveau mondial.