Le vent tourne à l’Ile de Sein !

Après plus de trois ans de débats, citoyens d’abord puis parlementaires, la loi sur la transition énergétique a trouvé son épilogue final le 23 juillet 2015.

Dans les méandres des aller-retours entre les chambres parlementaires, une petite bataille, discrète mais emblématique, s’était immiscée : la possibilité, pour les territoires isolés et donc les îles, d’être maîtres du choix de leur énergie. Elle n’a l’air de rien, comme ça, cette bataille : d’apparence, elle ne concernait qu’une poignée de territoires et d’habitants. Et pourtant, il aurait pu s’agir de la petite faille qui ébranle le système énergétique français, dominé par le monopole tentaculaire et nucléaire d’EDF. L’énergéticien, comme nous, ne s’y était pas trompé, et a tout fait pour sabrer l’amendement si subversif. Avec succès.

Pourtant, en Finistère Sud, une poignée d’optimistes résiste encore et toujours pour libérer leur territoire du fuel qui les alimente en énergie depuis des décennies. Il s’agit de l’Ile de Sein (Enez Sun en breton), petit territoire coriace de roches et de sable, que le vent du large maltraite allégrement et où résident quelques 150 habitants. Connus pour avoir été les premiers à rejoindre la résistance en 1940, les Sénans sont aujourd’hui en première ligne du changement climatique: les contours de cette île à raz-de-mer évoluent déjà sous l’effet des tempêtes et de l’augmentation du niveau de la mer.

C’est ce symbole et ce combat qui ont contribué au choix de l’implantation de notre camp climat, et à la journée de soutien à la lutte organisée le 24 juillet avec l’ensemble des participants du camp et des habitants de l’île, sous forme de déambulation festive et symbolique.

13h. 90 activistes européens embarquent dans le bateau qui relie l’île au continent. On surmonte la forte houle et la nausée en répétant les chansons et slogans préparés la veille : «Sur l’Ile de Sein, il y a du fioul, mais aussi le vent qui tourne ! ».

14h30. Le débarcadère voit l’implantation d’un totem qui symbolise les risques que font courir le changement climatique sur l’île et ses habitants. François Spinec, pêcheur de l’île, conseiller municipal et membre d’IDSE (Ile de Sein Energies, société locale et participative pour une énergie 100 % renouvelable sur l’île) nous accueille. Il rappelle le combat mené depuis 20 ans pour mettre fin aux importations de fioul, et la création de la société par une partie des habitants. Déplorant les manœuvres d’EDF, il encourage la poursuite des soutiens à leur résistance locale pour que soient libérées les énergies citoyennes. Nous rappelons ensuite pourquoi nous sommes-là, nous, la génération climat qui refuse de subir les conséquences de l’inaction et des malversations des multinationales.

Parce que l’Ile de Sein est un symbole du changement climatique, en écho à toutes les luttes que nous soutenons dans le monde, parce que l’ère des énergies fossiles doit toucher à sa fin, parce que les multinationales ne doivent pas empêcher une transition entre les mains des citoyens, nous sommes fiers d’apporter notre petite pierre à la lutte locale. Dipti, venue du Mozambique, rappelle que, partout dans le monde, des communautés souffrent déjà des impacts du changement climatique. Le combat mené ici fait résonance avec celui des habitants de Tuvalu, dans le Pacifique, île également menacée de disparition. C’est cette solidarité et cette convergence entre les luttes qui nous permettra de balancer le rapport de force et de forcer les gouvernements à faire passer les intérêts des citoyens avant ceux des multinationales.


15h – La marche s’ébranle, les habitants en tête, au rythme des chansons et des slogans. « Amis de la Terre, Finistère = solidaires ! » Le cortège serpente dans l’île jusqu’au phare, sous les yeux parfois interloqués des touristes.

15h45 – Une quinzaine d’activistes, arrivés le matin, accueillent le cortège en déployant sur le phare une banderole « Le vent tourne », tandis que flotte sur le chemin le message « Libérons les énergies citoyennes ». Et même si le vent rappelle qu’il est redoutable en faisant céder l’une des cordes, cela n’empêche pas la centaine de participants de clamer des slogans de résistance.

16h – Un petit groupe s’approche des cuves de fuel, qui fournissent l’ensemble de l’énergie de l’île, en brûlant 420 000 litres de fioul par an. Ils y déploient des banderoles dénonçant les bombes climatiques qu’elles représentent ainsi que l’acharnement à produire une électricité à partir de combustible fossile importé, alors même que les technologies renouvelables sont nettement moins coûteuses.

Ce jour-là, trop court, fait partie de ceux qui donnent la consistance à la devise des Amis de la Terre « Résister, mobiliser, transformer », dans l’esprit du soutien aux luttes. Qu’ils viennent de Croatie, du Kosovo, du Pérou, d’Irlande, du Kenya, d’Espagne, du Mozambique ou de l’île de Sein, qu’ils soient pêcheurs, ingénieurs, gardiens de phare, restaurateurs ou étudiants, tous ensemble ont cherché à montrer que la lutte contre le changement climatique et le système injuste qui l’engendre n’a pas de frontière. Un combat qui ne s’arrête pas.

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