Premières impactées, premières mobilisées

A l’occasion de la Journée internationale de luttes des femmes et des minorités de genres, le collectif Féministes pour la Justice Climatique (@F_JClimatique) nous a permis de reproduire ce texte qui rend hommage à Berta Cáceres et à toutes les mortes inconnues du climat.

A nos mortes
Climate justice for life !
Ce sont les nôtres qui meurent. Dans les attentats, les prises d’otages à Paris, Saint-Denis, Bamako, dans les assassinats au Honduras.
Ce sont les nôtres qui meurent. Lors des inondations, des ouragans, des coulées de boues, des canicules, des sécheresses, des explosions dans les mines de charbon, des accidents nucléaires, des guérillas pour la mainmise sur le pétrole.
Ce sont les nôtres qui meurent mais ce ne sont pas nos guerres. Ce sont les leurs, celles de nos gouvernements, des multinationales, de ceux qui vendent des armes, préfèrent aux politiques sociales les politiques sécuritaires, prétendent défendre la liberté en assignant leurs concitoyens à résidence, exploitent les sols, pillent les énergies, polluent l’air, les eaux et les terres. Nous savons que les politiques menées ne nous protégeront pas. Nous savons que ces politiques tuent.
Mais ce sont nos corps qui sont détruits dans leurs batailles. Vols, pillages, viols, violences, meurtres. Destruction des mondes dont notre survie dépend. Les femmes, parce qu’elles constituent la plus grande part des pauvres du monde, sont plus vulnérables aux effets du dérèglement climatique. Dans le monde rural, elles dépendent plus pour leur survie des ressources naturelles menacées par le réchauffement de la planète. Leur capacité de résistance à ces difficultés sont limitées par des barrières sociales, économiques et politiques, à commencer par une moindre liberté de mouvements.
Aux femmes victimes de violences partout dans le monde. A la Terre qu’on éventre. Aux espèces qui disparaissent chaque jour. Aux plus vulnérables, aux plus exploitées, à celles qui subissent déjà et subiront encore le dérèglement du climat. Aux femmes qui partout dans le monde meurent davantage que les hommes dans les désastres naturels (sécheresses, inondations, ouragans…). Aux femmes Inuits plus vulnérables à la pénurie alimentaire que leurs pairs. Aux femmes de France mortes pendant la canicule de 2003. Aux femmes du Bangladesh qui souffrent plus que les hommes des risques climatiques en raison de leur plus grande exposition à la pauvreté, à la malnutrition et aux inondations chroniques. A celles qui meurent en fuyant les guerres, aux migrantes politiques, climatiques et économiques. A Berta Cáceres, militante en lutte contre le barrage Agua Zarca et pour la rivière Gualcarque au Honduras, abattue chez elle dans son sommeil par des tueurs, après des années de menaces. Et à toutes les autres.
« Quand nous plantons, quand nous tissons, quand nous écrivons, quand nous enfantons, quand nous organisons, quand nous soignons, quand nous courons à travers le parc, dans la brume exhalée par les séquoias, quand nous faisons ce que nous avons peur de faire, nous ne sommes pas seules » écrit l’activiste Starhawk. Elle dit aussi : « Si nous pouvons être blessés, nous pouvons soigner; si chacun de nous peut être détruit, en nous il y a le pouvoir du renouveau ».
Nous nous retrouvons aujourd’hui à Paris, ce dimanche 6 mars, dans le cadre de la Journée internationale de luttes des femmes et des minorités de genres, pour rendre hommage aux mortes inconnues du climat. Celles dont nul n’enregistre ni ne garde les noms. Les victimes invisibles de la catastrophe écologiques. Nous nous retrouvons parce que nous croyons en la vie. En la paix. Nous nous retrouvons pour dire que nous sommes toujours debout et déterminées malgré les mesures mortifères et les discours anxiogènes brandis par ceux qui prétendent nous protéger.. Nous nous retrouvons avec nos peurs, nos rages, nos tristesses, notre amour, notre pouvoir de renouveau pour les partager et trouver la force qui nous pousse à continuer. Nous nous retrouvons pour montrer qu’un autre monde existe, nous sommes déjà en train de le construire.